Hommage à nos passeurs d’espérance

En ce jour marquant le 67ème anniversaire de la Libération du camp de concentration de Buchenwald, nous recevons avec émotion et tristesse la nouvelle du décès de Monsieur Raymond AUBRAC (1914-2012), grande figure de la Résistance. Toute notre sympathie va à sa famille, ses proches ainsi que toutes les personnes dont il aura marqué la vie par son engagement.

Mais c’est aussi avec beaucoup de joie que nous accueillons l’annonce de l’élévation de Madame Marie-José CHOMBART-DE-LAUWE, déportée résistante et présidente de la Fondation de la Mémoire de la Déportation, à la dignité de Grand-Croix dans l’Ordre national de la Légion d’honneur.

Nous saluons également la promotion de Monsieur Floréal BARRIER, président du conseil consultatif des anciens détenus du camp de concentration de Buchenwald, au grade de Commandeur.

Notre association est reconnaissante et redevable à ces trois personnes pour leur aide précieuse dans notre travail de mémoire et de pédagogie, notamment en rapport avec l’histoire de Rudolf Brazda, dernier survivant de la déportation pour motif d’homosexualité.

Beaucoup a été dit et écrit sur Raymond AUBRAC, grand résistant, ainsi que sur son épouse Lucie, décédée cinq ans avant lui.
Ceux qui ont eu l’occasion d’échanger avec lui conserveront certainement le souvenir d’un être simple et facile d’abord, remarquablement vif d’esprit et dont on admirait la faculté d’analyse et la grande cohérence de propos.
Nous avons été particulièrement sensibles à sa présence remarquée lors de cérémonie de remise de Légion d’honneur à Rudolf Brazda. Aux médias, il déclara à cette occasion : « Certaines grandes figures de la Résistance étaient homosexuelles. Mais, à l’époque, ça ne se disait pas. Elles devaient se cacher et ont beaucoup souffert. »

Des paroles qui nous aurons touché-e-s au plus haut point, tout en dévoilant un autre aspect de l’Histoire, trop souvent passé sous silence pour satisfaire aux contraintes de l’époque.

Décoré à de multiples reprises, Raymond Aubrac était depuis 2010 Grand Croix dans l’ordre national de la Légion d’honneur, ce qui en faisait l’un des titulaires de la plus haute distinction française.


Il y a quelques jours seulement, dans la promotion de Pâques, cette même dignité était accordée à Marie-José Chombart de Lauwe, résistante et déportée Nacht und Nebel au camp de concentration de Ravensbrück. Née en 1923, elle œuvre au sein d’un réseau de résistance en Bretagne, ce qui lui vaudra d’être arrêtée puis déportée. Elle est depuis 1996 la présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) où elle succède à Germaine Tillon.

Façonnée par son expérience concentrationnaire, Marie-Jo est devenue une infatigable militante des droits humains et particulièrement des droits de l’enfant. Très attachée à la transmission de la mémoire, elle est souvent présente lors des ‘Séminaires Mémoire’ qu’organise deux fois par an la FMD à Rothau, en Alsace. Ces sessions de formation permettent chaque fois à une quinzaine de participants d’approfondir leurs connaissances sur la Déportation, les mécanismes qui y conduisirent et la transmission active de celle-ci aujourd’hui.
La plupart des membres du Conseil d’Administration ont déjà eu l’occasion de suivre un de ces séminaires et d’apprécier les grandes qualités humaines de Marie-Jo. Nous savons en outre combien son indéfectible soutien, au travers de la FMD et de l’action d’Yves Lescure, son directeur général, aura permis de faire avancer la reconnaissance en France de la déportation pour motif d’homosexualité, entre autres pour l’apposition en 2010 des plaques commémoratives à Mulhouse et au Struthof.

Marie-José Chombart de Lauwe
lors de la remise de sa croix de chevalier de la Légion d’honneur à Rudolf Brazda le 28 avril 2011 dans un collège de Puteaux
photo Gilles COUTEAU DR

À Marie-Jo, notre association exprime ses plus chaleureuses et sincères félicitations ainsi que tous nos souhaits de bonne santé et de longue vie pour l’accomplissement serein de ses nombreux engagements.

Marie-Jo Chombart de Lauwe et Raymond Aubrac étaient tous deux présents lors de la remise de la croix de Chevalier de Légion d’honneur à Rudolf Brazda.

À cette occasion, Raymond Aubrac n’avait pas manqué d’exprimer le besoin de transmission et d’information envers les jeunes générations, tout en parlant de la cérémonie comme d’un «symbole de civilisation».


Floréal Barrier, 2009 | Photo: Peter Hansen, Buchenwald memorial Collection

Dans la promotion de Pâques 2012 de la Légion d’honneur apparaissait également le nom de Floréal BARRIER, promu commandeur.

Né en 1922, il est arrêté, puis déporté au camp de concentration de Buchenwald en lien avec ses activités dans la Résistance. Interné à Compiègne, il en part le 15 septembre 1943 et fait partie du convoi des 21 000 (en référence aux matricule que ces quelque 1000 hommes recevront à leur arrivé au camp de concentration).

C’est à Compiègne que Floréal Barrier eut l’occasion de côtoyer l’acteur français Robert (Hugues) LAMBERT qui fit également partie de son convoi de détenus.
Pour rappel : LAMBERT avait été arrêté à Paris quelques mois plus tôt en raison de son homosexualité. Comme cinq autres Français arrêtés pour ce motif hors territoires annexés, il sera déporté et compté parmi les prisonniers politiques, porteurs de triangles rouges. Passé par différents kommandos, il est transféré à Flossenbürg où il succombe le 7 mars 1945.

Membre de l’organisation de résistance clandestine à l’intérieur du camp de concentration de Buchenwald, Floréal Barrier y joue un rôle actif pendant les actions de libération du camp par ses détenus.
Longtemps impliqué dans les instances dirigeantes de l’association française Buchenwald-Dora, il fut également membre du Comité International Buchenwald Doras et kommandos.
Il est à l’heure actuelle le président du comité consultatif des anciens détenus auprès de la Fondation des Mémoriaux de Buchenwald-Dora.

C’est également à lui que Jean-Luc Schwab a soumis pour vérifications la partie de son ouvrage (sur Rudolf Brazda) traitant du camp de Buchenwald. Qu’il soit ici encore remercié de son aide précieuse.

À Floréal Barrier nous exprimons nos plus sincères félicitations et saluons la continuité de son engagement pour la mémoire de la Déportation, que ce soit en France ou en Allemagne.

Raymond Aubrac, lors des honneurs militaires de Serge Ravanel, le 5 mai 2009 - Photo AFP

Les honneurs militaires  seront rendus à Raymond Aubrac à l'occasion d'une cérémonie publique à Paris, dans la cour d'honneur de l'Hôtel national des Invalides, le lundi 16 avril 2012 à 10h00. voir article LePoint.fr
Une délégation de l'association Les "Oublié-e-s" de la Mémoire sera présente.

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